Les œuvres de Jean-Claude K-Bô frappent d’emblée par leur intensité visuelle et la charge spirituelle qu’elles dégagent. Face à ces personnages, tantôt inquiétants, tantôt joyeux, le regard est captivé par la vitalité qui se dégage de chaque forme, de chaque matière. L’artiste compose un univers singulier, à la croisée des cultures et des époques, où se rencontrent avec subtilité l’art traditionnel et l’esthétique contemporaine.
Originaire de Guadeloupe, Jean-Claude K-Bô inscrit naturellement son travail dans la diversité et le métissage culturel des mondes antillais. Puisant dans les traditions artistiques d’Afrique, d’Océanie et des Caraïbes, il convoque les formes et symboles de l’art dit « premier » – totems, fétiches, figures rituelles – pour mieux les interroger et les transformer. Ce vocabulaire formel, inscrit dans la mémoire collective, est reconfiguré à travers un langage plastique résolument contemporain.
Les matériaux qu’il utilise traduisent cette tension permanente entre tradition et modernité. À côté des terres colorées, des cauris, des fibres naturelles ou des poils d’éléphant, apparaissent sans détour des éléments industriels — mousse de polyuréthane, câbles HDMI ou composants électroniques — qui ancrent son œuvre dans le monde actuel. Cette confrontation des matières, parfois surprenante, produit un dialogue fécond, où le sacré et le profane, l’organique et le manufacturé, s’entrelacent pour donner naissance à des figures hybrides, d’une forte présence.
Son approche plastique résonne également avec l’héritage de l’art moderne et contemporain. L’on perçoit dans ses œuvres l’influence de Nikki de Saint Phalle, dans l’ampleur des formes et la vitalité des couleurs, ou encore celle de Keith Haring, dont les pictogrammes ludiques et rituels trouvent ici un écho. Jean-Claude K-Bô ne se contente pas de citer, il métabolise ces influences pour forger un langage personnel, où les références s’effacent au profit d’une expression authentique et habitée.
Au fil de ses créations, l’artiste offre ainsi une réflexion sensible sur les circulations entre les mondes. Le visible y dialogue avec l’invisible, le passé avec le présent. Ses sculptures, véritables figures de passage, nous invitent à reconsidérer notre rapport à l’objet, à la mémoire et à la spiritualité. Entre héritage et invention, Jean-Claude K-Bô affirme un art du métissage, profond et vibrant.